C'est une question qu'on me pose très souvent. Et à chaque fois, je réponds la même chose : l'instinct.
Je sais... ça ne veut pas dire grand-chose dit comme ça. Pourtant, c'est vraiment la seule explication que j'ai trouvée.
J'ai toujours dessiné. J'ai toujours aimé le tatouage aussi. D'aussi loin que je me souvienne, les machines à tatouer me fascinaient. Je les ai découvertes dans le sous-sol d'un shop, chez un copain à mon mari. À une époque où il y avait sûrement un peu plus de bières que de règles d'hygiène... heureusement, les temps ont changé !
J'ai commencé à acheter des machines. À dessiner encore plus. À m'entraîner sur des peaux synthétiques. À bricoler, tester, démonter, remonter... Bref, je tournais autour du tatouage sans jamais vraiment me lancer.
Pourquoi ?
Parce que je crois qu'on attend tous LE bon moment.
Le problème, c'est qu'il n'existe pas toujours. Le mien est arrivé sans prévenir.
J'étais enceinte de huit mois de ma dernière fille quand je suis tombée sur un reportage consacré au tatouage réparateur. Je me souviens encore de ce que je me suis dit : mais c'est ça que je veux faire.
Pas "être tatoueuse". Faire du tatouage réparateur. La nuance est importante.
Je me fichais complètement de savoir si j'allais tatouer des roses, des mandalas ou des têtes de lion. Ce qui m'a bouleversée, c'était de voir qu'un tatouage pouvait aider quelqu'un à se réconcilier avec son corps après un cancer, un accident ou une opération.
J'en ai parlé à mon mari. Il m'a répondu : "Commence déjà par tatouer."
Je lui ai dit qu'il n'avait pas compris. Si je changeais de vie, ce n'était pas pour ouvrir un salon comme on ouvre une boutique. Je voulais que le tatouage réparateur soit le cœur de mon métier.
Et il m'a simplement répondu : "Alors vas-y. Mais vas-y à fond, on se loupe pas !"
C'est exactement ce que j'ai fait.
Un mois plus tard, j'accouchais. Trois mois après, j'ouvrais le shop.
Entre les deux ? Des formations, des heures de dessin, de l'entraînement, quatre enfants à gérer, peu de sommeil... et quelques moments où je me suis demandée si je n'étais pas complètement folle.
Les premiers tatouages réparateurs sont arrivés rapidement. D'abord des cicatrices, puis les aréoles. Ensuite, les médecins ont commencé à me faire confiance et à m'adresser leurs patientes.
C'est là que j'ai compris que mon instinct ne m'avait pas menée n'importe où.
Aujourd'hui encore, j'aime créer un joli tatouage. Mais ce qui me fait vibrer, ce n'est pas le dessin. C'est le moment où une cliente se regarde dans le miroir et voit autre chose qu'une cicatrice.
Finalement, je ne suis pas devenue tatoueuse parce que j'aimais le tatouage. Je suis devenue tatoueuse parce que j'avais envie de réparer ! Et avec le recul, je crois que cette envie était là bien avant que je mette des mots dessus ♥